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Freelances : « Pas de quartier avec le temps plein ! »

freelance temps plein

« … Mais Stéphanie, jamais plus de 80 % du temps avec  le même client ! », me dit un contact freelance – un ami, par ailleurs. Ha bon ?

Parce que moi, en bonne débutante, incrédule, et suffisamment « bleue » pour tomber dans les gros pièges, j’ai commencé ma carrière de free en signant un contrat qui m’engageait, comme assistante de projet, à temps plein avec un client. Je ne connaissais pas cette fameuse règle d’or – bizarrement, jamais personne ne me l’avait dite ! alors qu’aujourd’hui je la prône, et me l’applique… sans négociation.

Pourquoi cette évidence ? Mon ami me dit « c’est du salariat déguisé ». Oui, mais dans quel sens ?  Et bien dans le sens qu’on ne traite pas un prestataire de services de la même façon qu’un salarié. Un free ne doit surtout pas adopter les codes du salariat, car dans ce cas, il n’en tirera… que les inconvénients.

Le côté « qui fait partie des meubles – engagé sur tous les objectifs de la boîte – et d’ailleurs c’est du 8h/20h payé au forfait ».

Pour détailler, un freelance qui travaille à plein temps :

  • a la plus grande difficulté à cadrer son offre de service, et à valoriser son savoir-faire sur la durée. Il se fragilise. Puisqu’il est là toute le temps, il peut faire ci et ça ?
  • devient un collaborateur comme les autres, ce qui entache la relation au client : elle se dégrade. Le client ne voit plus que les « défauts » du prestataire. L’originalité, la singularité de celui-ci repasse en arrière-plan, écrasée par le quotidien.
  • commence à perdre le recul sur sa mission. Se laisse progressivement envahir par des problèmes qui ne relèvent pas de son champ d’exécution.
  • entre dans un processus de salarié cadre, puisqu’en expert, le prestataire est en charge de questions délicates. Et à temps plein, la solution qu’il représente se transforme en « soir et week-end », car le projet en cours est tentaculaire.
  • gagne moins bien sa vie, car il va lentement, mais sûrement, travailler plus que ce que la mission initiale a prévu, et se retrouver à négocier – à la baisse – le renouvellement de son contrat de prestation. Car le client va estimer qu’il fait un gros effort à financer ainsi un free à temps plein !!!
  • se ferme petit à petit toutes les autres portes, car le prestataire n’a plus le temps de prospecter, de réseauter, de travailler à sa communication personnelle et d’entretenir sa réputation comme professionnel. Pour « l’extérieur »,  il disparaît de la circulation.
  • s’épuise, car travailler à temps plein pour un client unique, sans vacances, et sans temps de repos – car c’est cela être prestataire, c’est progressivement y laisser sa santé et son moral.

Alors que se prévoir simplement 1 jour par semaine, ou 2 demi-journées, pour souffler, prendre du recul sur le projet, entretenir son réseau, réfléchir à l’avenir de son offre, c’est la garantie de tenir sa place de prestataire. Qui ne doit pas subir les travers de la société qui achète son service, qui reste un interlocuteur privilégié de son client, et qui conserve suffisamment de fraîcheur et de distance pour parer aux difficultés d’un projet long et complexe. Et la meilleure chose qui puisse arriver : trouver un second client qui vienne équilibrer la donne, qui apporte d’office du recul, et la satisfaction de se projeter comme étant en phase de croissance, et dans une vraie organisation free, qui fonctionne !

Stéphanie Will est Personnal Assistant.
Son site : http://www.stephaniewilletvous.com/vous.htm

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7 Comments

  1. Je suis entièrement d’accord, c’est mon cas actuellement et je me reconnais dans pratiquement toutes vos constatations si ce n’est que je ne suis pas accablé de travail.

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  2. … Méfiance, après la 4ème semaine, ça se corse ! 😉
    Courage !
    Prenez un peu le large, et essayez de trouver un second client, c’est ce qui sauve de toutes les dérives du client « mange-tout ».

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  3. je viens de lire ce papier et sincèrement, j’approuve et j’adhère à 200 % !
    je suis tombée dans ce travers depuis un an avec un client envahissant, pour qui je travaille en conseil annualisé depuis plus de 6 ans, à mi-temps globalement (j’ai calculé les jours facturés), et c’est déjà bcp trop !
    j’essaie de « prendre du large » depuis 2 mois, de planifier les dossiers avec lui, mais je rentre dans une situation conflictuelle avec lui. Ce client ne comprend pas ma réaction et nous avons engagé un véritable bras de fer : je suis considérée comme un salarié disponible et corvéable en CDI, et pire, on ne m’écoute plus et on prend de mauvaises décisions pour la boite dans le domaine où j’officie ! je ne vois plus que les défauts de la structure et je pense que pour lui, c’est pareil en ce qui me concerne. j’ai perdu une bonne part de ma crédibilité, je le constate.
    quand j’ai signé il y a 6 ans, j’étais heureuse d’avoir un chiffre d’affaires annuel assuré avec un client. Aujourd’hui, c’est un véritable calvaire, je le dis très honnêtement.
    mais j’ajoute quelque chose de très important : la personnalité en face de soi est très importante.
    j’ai travaillé 2 ans avec le DGA de cette structure qui comprenait ce que j’étais et ce que j’apportais.
    Il est parti et a été remplacé par une personne bcp moins professionnelle, bcp moins à l’écoute, bcp plus instable et à partir de là, mes ennuis question « disponibilité » ont commencé….

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  4. Waouh, Laurence ! Voilà qui aurait pu m’arriver avec le client que j’évoque dans mon billet ! Vous êtes vraiment allée trop loin dans la dépréciation de votre service et de vous-même, et prévoyez sérieusement de quitter le navire, vous n’avez plus rien à perdre.
    S’il est habituel de dire que « l’herbe n’est pas forcément plus verte ailleurs », dans certains cas, si, c’est même la prairie des Dieux !!!

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  5. oui, je suis bien d’accord Stéphanie avec votre remarque.
    j’ai signé trop tôt dans ma carrière de free lance avec ce client, j’étais installée depuis à peine 2 ans, et j’en bavais des ronds de chapeaux, comme à tous les démarrages !
    j’ai vu le contrat annuel comme la planche de salut, et surtout, il y avait tout à construire dans cette structure en termes de communication (mon domaine) puisqu’il n’y avait rien, donc j’étais super motivée !
    ça a été une expérience assez belle quand même… mais de toute façon, je suis tombée dans une routine et qui est le contraire de ce qu’on cherche en tant que free lance : le renouveau en fait.

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  6. Bonjour laurence,
    Ton parcours est étonnament proche du mien, a part que j’ai pas attendu 2 ans, j’ai commencé mon activité il y a 7 ans avec ce client. Un accord tacite avec le pdg 100% consacré aux projets (informatique les miens). J’avais tout même conservé quelques missions ponctuelles avec d’autres clients jusqu’en 2007. Tout se passait bien et début 2008, changement de direction, les priorités sont remises en cause, les projets validés sur plusieurs mois sont renégociés au fur et à mesure, les factures contestées, etc…Je conclus comme toi que la routine agréable au début est néfaste à long terme. Je suis en recherche de nouvelles missions pour équilibrer la dépendance et là, je dois refaire des contacts, réactiver les réseaux et c’est pas simple car tout a continué à avancer sans moi. Je rame.

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  7. bah ! on peut se donner la main dis moi Jean Yves ! je comprends ce que tu vis, c’est mon cas.
    quand j’ai signé avec ce gros client, j’avais plusieurs autres clients récurrents, et celui là m’a permis de passer le cap de « je vis moyennement » à « je vis correctement ! », financièrement parlant (sans excès toutefois)!
    le pb c’est que les autres clients récurrents ont vécu les mêmes changements que ce que tu décris : nouvelle direction, nouvelles têtes qui veulent en imposer, et oups ! tu es viré à plus ou moins court terme… j’ai perdu sur 2 ans et demi, deux bons clients récurrents et depuis mi-2007, je tourne avec un gros client + des petits jobs, parfois intéressants, mais pas assez réguliers ou rémunérateurs, et avec la crise, ça s’arrange pas… comme toi, il faut refaire le boulot que j’avais abattu entre 2000 et 2003 de réseautage, démarchage commercial etc…
    sauf que j’ai plus du tout la même pêche, honnêtement.
    alors, qu’en fait, si on réfléchit, on est forcément meilleurs dans nos domaines de compétences respectifs qu’il y a 7, 8 ou 9 ans, non ?

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